Zone sensible 1

 

Lieux singuliers

 

Bolmon - 2014-2016

 

Je prends le risque de la couleur: en quoi permet-elle une expression orientée sur l'approche des lieux, en débordant l'anecdote et le factuel, pour conduire le regard à l'essentiel ?

La richesse des couleurs ici devient un élément structurant de l'image.  Elle permet de conduire la recherche formelle comme une émanation des lieux recueillie en surface.

 

Le travail, en cours, consiste à rendre compte et à interpréter photographiquement les phénomènes de localisation sur le pourtour de l'étang de Bolmon.

 

Situé au Sud de l'étang de Berre,  entre l'aéroport de Marignane et Chateauneuf-les-Martigues, cet étang présente la particularité d'alterner des zones d'habitations configurées sur la base d'anciens cabanons, des zones naturelles protégées et aménagées, des vestiges industriels, et des zones en cours d'aménagement en parc de loisir. Il est longé par l'ancien canal du Rhône à Marseille. Il est aussi situé à proximité des dépôts pétroliers de la Mède.

 

La qualité des lieux résulte d'une accumulation symbolique primitive. Elle consiste en un recyclage d'éléments, de formes, de matériaux, de couleurs... structuré dans le cadre d'une dynamique de fonctionnalisation. Le pourtour de Bolmon apparaît paradoxalement comme un ilôt protégé par un ensemble d'aménagements urbains réalisés ou en cours de réalisation. En réalité, ce qu'il s'agit de protéger ce sont surtout ces aménagements et leur mise en représentation. Ainsi, l'urbain de proximité, dispose d'un bout de Camargue avec tout ce qu'il faut (l'étendue en moins et encore, la gestion paysagère donne parfois le sentiment d'être en immersion dans un environnement complètement naturel), et, en prime, pour le plus cultivé non seulement la Sainte Victoire et au loin le Mont-Ventoux, mais aussi des bouts de l'histoire industrielle (XIXème: la soude, le canal du Rhône au Rove, et XXème: les hangars de l'aéroport, les dépôt pétroliers de la Mède et de Berre, le pont de Martigues au loin...). Attendons de voir comment les parcs de loisirs en cours d'aménagement modifieront notre perception des lieux.

Les zones d'habitations sont situées de part et d'autre du Jaï. Au delà de l'analyse formelle, leur étude pourrait questionner sur leur origine et leur devenir. Héritage d'un habitat ouvrier du XIXème siècle, complétant collectivement les revenus liés à l'industrie par quelques activités agricoles ou de pêche? En tout cas, aujourd'hui, la "rénovation" des lieux s'effectue de manière laborieuse, sur le modèle de l'auto-entrepreneuriat, et porte les stigmates d'un imaginaire péri-urbain, mêlé à celui d'un repli en recherche d'identité... accentué par un milieu naturel agressif... le vent, l'humidité...

 

Je complète ce texte par cette image, vue du Jaï sur la Sainte-Victoire et le hangar de Marignane (datant de 1950-52, de l'architecte Auguste Perret et de l'ingénieur Nicolas Esquillan).

 

Fabrice Ney

Avril 2016

 

 

 

 

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