La Seyne-sur-Mer - Ville ouvrière   1980-1981

Dans le deuxième volet de ce qui constitue une "trilogie urbaine", il s'agissait d'éprouver mes partis pris photographiques  sur la forme déclinante mais encore bien vivante, d'une ville ouvrière traditionnelle, La Seyne-sur-Mer et ses chantiers navals.

C'est à la demande d'un ami seynois, avec lequel je poursuivais mes études, que j'abordais cet espace et sa vitalité.

 

Je travaillais d'abord sur le centre ville et la cité Berthe. La présence des chantiers partout se faisait sentir, rythmant les flux et organisant le territoire. Il restait des lieux qui, adossés aux ressacs quotidiens de la ville, exhalaient une manière de vivre, faite des compromis nécessaires à la survie de valeurs, de certitudes rassurantes.

 

Il s'agissait néanmoins d'un espace dont la complexité ne relevait pas uniquement de la présence des chantiers, mais aussi de son histoire, de celle de sa population, de ses liens avec l'arrière-pays et la mer... Des cultures d'ailleurs et d'autres choses qu'ouvrière permettaient à cette dernière d'en calmer les frustrations et d'en asseoir quelques résistances.

 

Notons ici un des axes de recherche important de mes travaux : la relation du corpus d'images avec les habitants des lieux référents.

J'avais déjà approché l'utilisation de la photographie dans le cadre d'une enquête sociologique sur des lieux de travail. Un ami qui menait des recherches pour son doctorat sur la raffinerie de sucre Saint Louis, m'avait proposé cette approche. Il s'agissait de presenter des images des postes de travail aux salariés et de recueillir leur réactions et commentaires.

L'exposition à La Seyne-sur-Mer qui présentait dans le centre ville des images réalisées à proximité, m'avait permis d'en préciser l'importance. Le regard des habitants conféraient aux images un statut et une qualité très différents de ceux auxquels elles pouvaient prétendre dans un autre contexte. Elles agissaient comme substituts socialisés, dans l'expression des souvenirs et des émotions, dans les discussions et les échanges à travers l'identification des points de vue. Elles fonctionnaient, en un sens, de manière très proche de l'album de famille.

 

En 1983, je réalisais une prise de vue systématique des rues du centre ville,  en amorce d'une interrogation sur la possible constitution d'une typologie urbaine. L'année suivante à la veille de la fermeture des chantiers, je travaillais sur le territoire du Cap Sicié.

 

Cette approche systématique fut menée courant février 1983 (sa réalisation a précédé, celle de la série des portes des HLM de ZUP n°1 en août 1983). Je m'interrogeais sur les résultats d'une série de prises de vue contraintes à l'essentiel de l'objet photographié: les rues dans l'axe de leur flux principal à hauteur de vue piétonne.  Une contrainte oulipienne qui, repliée sur l'acte photographique, ouvrait une voie créative. Les séries exprimaient des choix esthétiques de placements et de légers décalages latéraux. De plus, la perspective de la rue était mise à l'épreuve du fait de la visée centrale d'un point de fuite, qui, selon les coubures,  se trouvait désaxé et exigeait une décision photographique. Ramenée à la présentation sérielle, la rue est débordée par une rythmique graphique qui en révèle la trame. Ces séries ont été réalisées conjointement au début de mes recherches sur les assemblages d'images.

 

 

Fabrice NEY

Avril 2015