Résurgence   -   1993-1994

Une expérience sonore et visuelle.

 

Je présente dans les galeries en "recherches et parcours" les images réalisées lors de la préparation de l'exposition.

Une vidéo de l'installation a été réalisée.

 

Seules ont été exposées douze images, aboutissement d'un cheminement effectué avec le compositeur.

 

Un lien étroit entre la conception de la prise de son et celle de la prise de vue nous a permis de croiser nos recherches et d'en articuler les résultats. Ce lien ne réside pas uniquement dans la contiguité de nos images avec un référent existentiel, mais avant tout par la problématique partagée de la mise en représentation de points de vue et d'écoute, qui ont conduit en retour à l'immersion du spectateur dans un environnement en représentation. Ainsi avons-nous abordé de manière différenciée mais conjointe, les questions de temps, d'espace et donc de déplacement, amenant le spectateur à éprouver conjointement les changements d'état de ses perceptions sensibles, visuelles et sonores, en fonction de ses déplacements.

Les tirages photographiques (80x80cm) étaient marouflés sur des planches (80x195)  en contreplaqué (4mm), elles-mêmes cerclées de profilés en fer et glissées dans un socle assurant leur stabilité. Un dispositif vissé au milieu, constitué d'une bobine reliée à un magnétophone auto-reverse, faisait vibrer ce support qui émettait le son. L'installation était composée de 12 tirages photographiques et de 8 dispositifs sonores.

 

Fabrice NEY

Avril 2015

 

 

"Résurgence"

 

 

Le son est engendré par le frottement, le travail, la rencontre des choses, leur mouvement et leur vie. Douce ou vive, la lumière se répand à leur surface éclairant leurs jeux, leurs tumultes, leurs murmures.

Torrent à sa source, cristal, scintillant; puis peu à peu silencieuse, à peine un soupir, lente, large, la rivière, cette Durance, coule, charrie, creuse. Travaillée par l'homme, bloquée, détournée, troublée en son lit, elle parcourt sans cesse les paysages façonnés par elle. L'eau travaille. Le son jaillit de cette lente transformation, la lumière en révèle les états.

Silence, absence, ténèbres, entre les images de sons et celles de lumières, l'eau devra à nouveau creuser un lit. Frottement, rencontre, mouvement, vie.

 

Longtemps j'ai travaillé sur la Durance à son kilomètre 296... près d'Avignon. Je désirais remonter son cours, en observant ses formes, en écoutant ses bruits. J'ai rencontré Jan Pascal ALAGNA et lui ai proposé de travailler sur ce thème.

Nous avons effectué ce parcours, mais insensiblement mon projet photographique me ramenait au point de départ. Ce sont ces images de retour qui sont présentées dans cette manifestation. Elles représentent ce kilomètre 296 après les crues du printemps 1994, résultat du lâcher des eaux du barrage de Savines. La végétation a été bouleversée par ce passage brusque.

Mes images se sont peu à peu imprégnées d'une pénétration des lieux, rendue difficile par les troncs et les branchages jonchant le sol et le limon récemment charrié.

Mon travail sur la profondeur de champ réduite au plan de netteté exprime ce mouvement. Les jeux entre les flous avant et arrière perturbent la vision. En surface l'image s'anime de ces volumes, profondeurs et champs brouillés, enchevêtrement de lignes.

C'est de ce cadre à la fois clos, replié sur lui-même et ouvert à l'imaginaire de l'eau et de la vallée de la Durance que jaillit un son, celui d'un lieu visité.

 

Fabrice NEY

1992