Fos-sur-Mer - un site en construction   -  1977-1979

Ce sont mes premières photographies. Certaines images datent de 1977. 

La photographie m'a tout de suite intéressé comme un médium permettant de réaliser des images de mon environnement, dans un double mouvement pour moi toujours aussi surprenant, de rapprochement et d'éloignement, mêlant le sentiment d'intimité avec les lieux photographiés et celui de mise à distance, ouvrant une voie à la réflexivité.

 

J'étais nourri par mes études, et mes lectures. Au départ donc peu d'influences photographiques conscientes. Je regardais surtout les magazines, les reportages et j'observais attentivement toutes les images. Je m'intéressais, ensuite, à l'histoire de la photographie: Walker Evans, Eugène Atget, August Sander... Par contre, ce n'est que plus tard, dans le courant des années quatre-vingt, que j'eus connaissance des travaux de photographes tels que Lewis Baltz ou les Becher.  Je les considère comme mes contemporains, le noyau dur de mon projet photographique étant à cette époque déjà stabilisé et différent des leurs.

 

 

L’approche photographique avait consisté en une étude visuelle des espaces urbains, conduite par une interrogation à valeur euristique: les images photographiques des lieux étaient-elles susceptibles d’accompagner une approche sociologique des  pratiques urbaines des habitants?

 

Cette question sur la fonction documentaire de l’image photographique, s’accompagnait d’une réflexion sur les choix esthétiques et thématiques du photographe dans la constitution du corpus.

 

L’originalité de cette approche relevait d’une attention renouvelée, portée sur l’environnement urbain, ses détails, en lien avec une sensibilité éduquée du regard.

 

Elle s’effectuait en rupture avec les pratiques, dominantes à l’époque, de la photographie dite sociologique qui privilégiait la représentation de l’humain comme essentiellement représentative des relations sociales. Ici, il s’agissait d’aborder les différents jeux de marquage des parties prenantes intervenant dans cet environnement physique, matériel, comme révélateurs d’une réalité sociale.

 

L’expression esthétique est totalement assumée en tant que telle. La mise en représentation consciente du point de vue du photographe est révélatrice de ses propres recherches: cadrages serrés sur des détails, choix d’une lumière dominante par quartier, approches graphiques...

 

De plus, une dynamique narrative émerge des séries, à peine des séquences. Ici encore, il s’agit moins de prouver ou d’argumenter sur une réalité sociale, mais à travers l’émergence d’une narration possible, nécessairement fictionnelle, d’attirer l’attention sur l’ensemble des choses qui entourent les êtres, qu’ils utilisent, disposent, s’approprient, transforment, délaissent, échangent... dans un cadre social déterminé, selon des règles plus ou moins formalisées et en évolution.

De ces affleurements narratifs émergent la question de la fiction documentaire.

 

L’étude photographique de la disposition de ces choses met en valeur à la fois des agencements relativement réguliers, et des écarts déstabilisants. Elle questionne sur une sociabilité construite au quotidien.

 

Cette approche s’est poursuivie les années suivantes par des travaux sur les quartiers nord de Marseille et sur la Seyne-sur-Mer. Elle inaugure une trilogie sur des réalités urbaines en mutations.

 

Fabrice NEY

Avril 2014